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Approche philosophique

Le cannabis, l’illusion de l’amitié

Un médecin cherche les conséquences du cannabis sur le corps et, particulièrement, sur le cerveau. Il explique ainsi les pertes de mémoire, de volonté, de concentration, l’apparition ou le déclenchement de la schizophrénie, etc.

Nous aimerions pour notre part développer ici une réflexion sur les conséquences du cannabis sur la personne humaine, sa croissance, son épanouissement : autrement dit sur son intelligence et son cœur.

Le cannabis rend-il plus intelligent ? Nourrit-il mon cœur, me permet-il d’aimer ? M’aide-t-il à rencontrer des amis, à lier de nouvelles amitiés ?

Ou au contraire ferme-t-il mon cœur sur lui-même ? M’enferme-t-il en moi-même ? Empêche-t-il mon intelligence d’émerger, de grandir ?

Ces différentes questions concernent la Personne humaine, le bonheur, le sens de la vie. Ce sont des questions d’ordre philosophique et non médical. Elles sont, en fait, les questions de tout homme, et sont d’autant plus pertinentes, qu’elles sont les questions que se posent les jeunes qui consomment du cannabis, et pensent trouver les réponses dans sa consommation. Ces questions renvoient donc aux motivations profondes de la consommation du cannabis.

Pourquoi fume-t-on ?

Nombreuses et complexes, nous pouvons cependant essayer de discerner les raisons essentielles qui poussent un jeune à fumer du cannabis :

Goûter un plaisir enivrant, oublier dans cet instant de jouissance les problèmes de la vie et penser les résoudre ainsi…S’intégrer à un groupe de copains, se désinhiber et être capable d’aller vers les autres, être intéressant et recherché, et d’autres encore !

Tout cela tourne autour de la question de la relation à l’autre, de l’amitié, du bonheur d’être aimé et reconnu.

Ce qui semble intéresser le jeune dans le cannabis, c’est qu’il pense que cela va l’aider à aller vers les autres, à aimer et à être aimé et ainsi à être heureux. Il y est spécialement sensible lorsqu’il expérimente dans son cœur ce vide qu’on pourrait appeler un « vide affectif » : ce besoin d’être reconnu, d’être aimé. « Quand tu fumes du shit c’est que tu recherches: quelque chose que tu as perdu dans ta vie ; et tu te dis que peut-être cela comblera ce vide » (témoignage de Julien).

Alors telle est la question centrale : le cannabis permet-il de combler ce vide affectif ? Aide-t-il à se tourner vers les autres, à s’ouvrir, à nouer de vraies amitiés ?

Nous essayons d’apporter une réponse différente :

Face à ce vide affectif, qui vient d’un manque d’amour ou, plus grave, d’un rejet par exemple de ses parents, l’individu réagit de manières très diverses : haine, violence contre les autres ou contre soi, activisme, sexualité désordonnée, dépression, angoisse, colère, fuite dans les jeux vidéos, la lecture, les études, etc. Ce sont autant de mécanismes mis en place pour fuir ce vide, éviter de trop le regarder, et s’en défendre.

La drogue, le cannabis font partie de cette panoplie d’autodéfense. On fume pour cacher ou combler son vide, ce manque d’amour. Le cannabis semble être un excellent moyen de fuir ce vide et de le remplir de manière durable.

Tout d’abord il installe l’individu dans un état second, un état de détente corporelle, qui lui fait oublier ses soucis, ses insatisfactions, ses échecs, ses colères, etc. Bref, le jeune est comme béat ! Plus de tension, plus d’impression de vide, de désirs insatiables. Il se perche sur son nuage rose, et là-haut tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes. Cette impression, non seulement est une excellente fuite face à tous les problèmes intérieurs à la personne, mais aussi est un plaisir enivrant qui semble remplir tout le cœur et tout le corps. Plus de vide ! Du moins momentanément, le temps que ce plaisir dure.

Mais il ne dure pas dans le temps (comme tout plaisir) et la redescente est plutôt désagréable. De plus il s’émousse : avec le temps l’individu s’y habitue et sa dose de cannabis ne lui fait plus rien (phénomène de l’accoutumance).

Enfin le cannabis, grâce à son effet désinhibant, aide l’individu timide et complexé, -comme le sont la plupart des adolescents- à sortir de lui-même et à aller vers les autres. Il aide aussi à intégrer un groupe, provoque fous rires entre copains, permet de passer de bonnes soirées entre potes, met une ambiance sympathique, rassemble les uns et les autres autour d’une passion commune. Bref, le cannabis semble permettre d’avoir beaucoup d’amis. Et l’amitié n’est-elle pas le meilleur moyen de combler le vide de son cœur ?

En fait, le « shit », c’est terrible, parce qu’il cache tout ! Sous son effet, je ne livre rien du tout. Je me coupe au contraire des autres. Je suis livré à moi-même, à mes rêves, mes fantasmes. Je ris de tout et de rien, je me fiche de tout. Et finalement je ne m’intéresse plus à rien, ni à moi, ni à l’autre. A partir de là je peux me rendre compte que le cannabis non seulement ne peut m’aider à nouer de vraies relations et donc à remplir mon cœur, mais pourrait même le vider encore davantage en me repliant sur moi-même. Il m’enferme dans ma solitude et mon incapacité à me dire, à m’exprimer.

Cannabis et intelligence

Le cannabis est terrible pour l’intelligence, et dès le premier joint ! Parce qu’il fait tout de suite décoller.

Il installe dans une espèce de nuage. La vie devient rose. Je deviens cool. Je me sens mieux dans mes baskets. Je peux plus facilement aller vers les autres. Bref, je suis sur mon petit nuage et je vois la vie en rose. Je ne rejoins plus le réel, mon intelligence y adhère moins. Je le connais non pas tel qu’il est, mais à travers une émotion, celle que le cannabis me procure. Le cannabis coupe mon intelligence du réel aussi parce qu’il développe une totale indifférence pour les autres et le monde extérieur.

Mon petit monde, mon petit nuage est bien plus intéressant que le monde réel. Je n’ai plus d’intérêt à rien d’autre qu’à mon joint. C’est l’attitude « bof-bof » qui fait que je n’interroge plus : en effet l’intelligence interroge si elle est étonnée, si elle est curieuse, intriguée et qu’elle a envie de connaître.

Si je ne désire pas connaître ce qui est, eh bien !, je ne vais pas le connaître. Si je ne désire pas être présent, si je préfère m’évader dans l’imaginaire, il devient de plus en plus difficile d’adhérer à ce qui est. Le cannabis coupe cette curiosité de l’intelligence et l’enferme dans l’imaginaire en la coupant des sens. Je m’y sens bien, en paix : je n’ai même plus le désir d’en sortir. Plus j’y suis enfermé, plus j’y reste, je ronronne. C’est terrible : le cannabis empêche mon intelligence d’adhérer au réel, donc d’être elle-même, de vivre !

Le cannabis affaiblit donc l’intelligence comme telle, puisqu’elle l’empêche de s’exercer dans ce contact avec le réel. Et du coup je ne peux plus être vrai. C’est le mélange. Et je commence à raconter des tas d’histoires, que je finis par croire. Je m’enfonce dans le mensonge… Je peux continuer de raisonner, de faire des maths, et d’être bon à l’école, puisque les maths, l’école, cela repose surtout sur la capacité de l’intelligence à raisonner, et non sur sa capacité à être vraie.

Le cannabis entrave l’intelligence dans sa connaissance du réel, dans sa capacité à être vraie. De là à dire qu’il est un obstacle pour nouer de vraies relations, il n’y a pas loin. Mais nous ne voudrions pas conclure hâtivement sans avoir analysé la question dans son ensemble. Pour cela il nous paraît nécessaire de continuer de creuser le problème de la vérité dans les relations humaines en abordant le problème de la maturité affective.

Cannabis et maturité

Le cannabis, nous l’avons vu, me coupe peu à peu du réel, et m’enferme dans mes rêves et mes impressions que je finis par confondre avec la réalité.

Le cannabis empêche donc la maturité de la sensibilité, une réelle connaissance du réel, de ce qui est bon, des biens véridiques. Le cannabis bloque ma capacité de choisir et donc de grandir !

La vertu, la maturation intérieure des sentiments s’acquièrent en étant présent à ma vie. Si à douze, treize ans, à l’âge du passage plus réfléchi et personnel du monde imaginaire de l’enfance au monde réel, je fume du cannabis, j’arrive à l’âge adulte avec un comportement de gamin.

Nous pouvons ainsi comprendre pourquoi le cannabis maintient dans un état immature. Il coupe l’accès au réel, bloque l’acquisition des vertus, empêche de faire de véritable choix puis de les réaliser. Il est donc un obstacle à la maturité affective. Il freine la croissance de la personne. Cela apparaît avec une évidence criante dans le domaine de l’amitié qui suppose un véritable choix ferme et personnel de l’autre, et qui donne tout son épanouissement à la personne.

Cannabis et vérité de l’amitié

Le cannabis donne l’illusion de vivre une véritable amitié…une telle complicité…un tel échange !

En effet, il restreint la relation au niveau du plaisir : nous fumons ensemble notre « pet », nous avons ensemble notre petit plaisir, nous passons une soirée cool, nous rigolons bien, c’est sympa.

Mais l’autre, qui est-il ??? Alors là je m’en fiche pas mal. Je n’ai pas découvert l’autre, j’ai vécu pour moi, pour ma gueule. Et cela ne peut me conduire au bout de quelques années qu’à me rendre compte que je suis vide et seul à l’intérieur !

Le cannabis situe aussi la relation au niveau de l’intérêt : je fréquente untel car il a du bon « matos » ; il en a toujours sur lui, avec lui on est sûr de passer une bonne soirée car il en distribuera à tout le monde, etc.
Bref, tout finit par tourner autour du cannabis et je ne sais plus vraiment si l’autre m’aime vraiment. Ou bien s’il m’aime parce que je viens toujours avec de la bonne herbe. C’est très angoissant, si on y regarde de près.
Je ne sais plus si je suis aimé, si j’ai de la valeur aux yeux de quelqu’un, si je compte pour quelqu’un… Alors je me réfugie encore plus dans le cannabis et c’est le cercle vicieux.

Telle est la véritable escalade : l’escalade dans la solitude, la chute en spirale dans un enfermement toujours plus angoissant. Et même si je pense gérer, même si je pense que je suis un gars bien parce que je ne touche pas à d’autres produits réputés plus dangereux, et bien je me mens à moi-même. Car je suis en train de tuer mon intelligence, de vivre uniquement de mes émotions, et finalement de tuer mon cœur et de sombrer dans une solitude et un vide intérieur qui peut me conduire à la folie, au suicide, à l’angoisse, à la déprime.

C’est terrible… Après avoir cru naïvement que le cannabis me permettait de créer des liens, en me désinhibant, en m’aidant à faire rire tout le monde, en m’intégrant à un groupe ou à une bande, en me donnant une identité de rêveur ou d’artiste, me voilà enfermé en moi-même : terrible supplice. Ces premières joies n’étaient-elles donc qu’illusoires ? Ce paradis n’était-il donc qu’artificiel ? Quelle hypocrisie ! Quelle farce ! Quel mensonge ! Et me voilà en enfer. L’enfer, c’est soi-même pour soi-même. Et du paradis artificiel à l’enfer-me-ment cela peut aller très vite, et aucun fumeur de joint ne peut s’en dire protégé.

Oser être soi-même

Pour le philosophe-éducateur, le fléau qu’est la consommation de cannabis représente une tentative pour répondre au vide affectif que ressent le jeune.

Tous, nous recherchons des compensations car nous ne supportons pas le vide. Les petits bébés sucent leur pouce, caressent un doudou. Les adultes recherchent des performances qui impressionnent, ou se scotchent à la télévision.

Les ados ont leurs moyens bien à eux. Par curiosité, pour être comme les autres, pour se faire croire qu’on est des « grands », on essaye des produits qui « tiennent compagnie », des médicaments pour se calmer, la violence pour s’affirmer – chez les garçons –, la séduction pour avoir les autres à ses pieds – chez les filles –, l’alcool pour oublier qui on est, le vagabondage sexuel pour se faire croire qu’on est aimé, les musiques hards, les maxi-teufs et les rave parties pour se fuir.

Ces attitudes font bien souvent peur aux autres, mais elles cachent en fait des peurs chevillées au cœur adolescent. Par le cannabis, on recherche le rêve, être un autre, et on remarque chez les habitués de ce produit, au bout de quelques semaines, l’installation d’une certaine paranoïa, on voit les autres en réduction, diminués de leurs qualités, de leurs différences, on refuse les différences. Tout est « bof-bof », il n’y a plus d’intérêt que pour le produit lui-même.

On n’écoute plus ceux qui, par expérience personnelle, en sagesse, crient : « Attention, danger ! » On se croit au-dessus de ces risques, on gère, on croit être à l’aise, en communication, alors qu’on est dans la répétition ; encore jeune, et pourtant racontant des histoires d’anciens combattants mal réveillés.

En fait, le « H », après le temps d’euphorie où l’on croit être enfin sorti de ses problèmes, renforce le sentiment de solitude, car il est producteur du plaisir en circuit fermé. Il enferme dans le mythe du « soft », être cool, être zen, sans ennemis à part ceux qui rejettent ce produit. En fait, c’est la recherche du cocooning permanent, du paradis artificiel alors qu’il fait tomber dans un enfer-me-ment. Le produit fait croire à l’autonomie : « Je peux me passer des autres ».

Alors qu’au départ, on recherchait des relations avec des potes, des vrais, on se retrouve entre clones-de-soi-même ; les déceptions, puis les problèmes de santé, de mémoire… s’additionnent lourdement.

Alors lâche ton joint, ta fausse planque, et ose être toi-même, prends le risque d’aller vers les autres, vers la différence. Entre en relation, parle, communique, partage. C’est quand même autrement plus exaltant que de rester avachi dans sa tête !